derniers moments du Maréchal Ney

La figure de Napoléon a tendance à faire de l'ombre aux autres personnages de son époque. Cette rubrique est destinée à leur faire une place.
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bbea53
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derniers moments du Maréchal Ney

Message par bbea53 » 06 déc. 2007 21:44

..." c'est comme tu le sais, ce matin à 9 heures bien précises que le maréchal Ney a été exécuté.Mais ce que tu ne sauras jamais, du moins aussi bien que par moi, c'est tous les détails qui ont précédé sa Mort. Pasquier, qui est le médecin de la Chambre des pairs, fut, en cette qualité, obligé d'être auprés de sa personne jusqu'au moment du supplice. C'est en sortant de remplir ce triste emploi qu'il s'est rendu chez moi et qu'il m'a raconté les faits que je t'écris. Je les ai fait répéter deux fois pour être plus certaine de ne pas me tromper.
"Hier soir 6 ,le maréchal fut reconduit dans sa prison à 11 heures et demie, ainsi que tu auras pu le voir dans le journal , tandis que la Chambre restait à délibèrer sur son sort; mais comme il faut toujours que les journaux mentent, celui-là a suivi la loi commune en parlant et du sommeil et de l'appétit du maréchal.
Voici la vraie relation,
Aussitôt que le maréchal fut chez lui , il demanda à souper. On le lui servit mais ,cette fois ,on ne lui mit pas de couteau ,il s'en aperçut et en demande un avec assez d'humeur. Voyant que l'on tardait à lui apporter, il répéta sa demande et en jurant fortement. Enfin on lui donna un couteau, mais de forme anglaise, tandis que tous ceux qu'il avait eus jusque-là étaient pointus. Il le prit et le jetant avec force loin de lui:
"- Est-ce que ces b...-là croient que je veux me tuer ? Ils ne savent donc pas que j'ai vu la mort plus de fois qu'ils n'y ont pensé!

Aprés ces mots il mangea ,mais avec humeur ,et peu de temps après il se leva de table aprés avoir fumé un cigare et il se coucha tout habillé ,ayant deux grenadiers royaux dans l'intérieur même de sa chambre.
Au lieu de dormir ,ainsi que le dit le journal ,il lui fut impossible de trouver le sommeil. Il s'agitait beaucoup et à chaque minute buvait de grands verre d'eau pour apaiser la soif qu'il disait aux gendarmes être dévorante. Enfin, n'y tenant plus, il se leva, fit plusieurs tour dans sa chambre, se recoucha, se releva, se recoucha encore et finit par se lever en disant :
"- A qui diable en ont mes yeux pour ne pas vouloir se fermer cette nuit? Ce n'est pas tout cela, peut-être, qui me met dans cet état !
Fatigué de boire autant d'eau ,il demanda une bouteille de vin de Malaga dont il but un petit verre.Ce qui lui procura ,sur -le -champ ,le plus profond sommeil.
Il y était tout à fait plongé lorsqu'à trois heures moins dix du matin, M. Cauchy,greffier de la Cour des pairs ,accompagné de deux huissiers ayant leur costume et de deux officiers en grand uniforme , est entré dans sa prison pour lui lire la sentence. Au bruit qu'il fit en approchant du lit ,le maréchal se réveilla et se mettant aussitôt sur son séant ,en se frottant les yeux:
"- Qui est là, dit-il? Ah c'est vous, monsieur Cauchy. En bien, qu'est-ce qu'il y a?...
"_Monseigneur, je suis chargé de la pénible mission de vous lire le jugement rendu par la Cour des pairs.
"-C'est bon. Voyons.


M. Cauchy se mit alors à lire ,mais au bout d'une page , le maréchal l'interrompit en lui disant:

"-Croyez-vous que depuis que je suis en prison je n'ai pas appris le Code pénal par coeur? Je le sais mieux que vous, allez au fait et soyez brej.
"-M. le maréchal, lui dit M. Cauchy, la peine capitale, la peine de mort a été prooncée.
"-Monsieur, lui dit le maréchal, pour un homme comme moi on ne dit pas le mot peine de mort. On dit:mordre la poussière. C'est ainsi que je dois mourir. Au surplus, des conversations du genre de celle-ci doivent être les plus brèves possible. Retirez-vous. Vous devez être fatigué.J'ai l'honneur de vous saluer.


A ces mots il s'est retourné de l'autre côté et ces messieurs sont sortis. A dater de cet instant ,il n'a plus dormi. A cinq heures ,il s'est levé et a demandé sa femme et ses enfants. M de Montigny, adjudant commandant du palais du Luxembourg ,a écrit aussitôt à la maréchale.

.Madame?
"Monsieur le maréchal désire vous voir.Je vous engage de venir au luxembourg aussitôt que cela vous sera possible"

Ce peu de mots disait tout: la malheureuse femme est arrivée au bout d'une demi-heure ,seule, avec sa soeur ,Mme Gamot. A peine a-t-elle été au bas de l'escalier qu'elle s'est trouvée entièrement mal.Pasquier s'est aussitôt transporté auprès d'elle , et au bout de quelques instants elle recouvra sa connaissance et ,soutenue par la force du désespoir , elle est montée avec rapidité à la prison et est tombée ,en arrivant ,dans les bras de son mari ,en poussant des cris déchirants.
Pasquier l'avait suivie prévoyant que là,surtout ,elle aurait besoin de ses secours. En effet, à chaque parole elle était étouffée par un sanglot et, dans le court espace de vingt-sept minutes ,elle fut trois fois tout à fait privée de ses sens.Au bout de peu d'instants ,le maréchal demanda ses enfants. Ils arrivèrent bientôt au nombre de quatre garçons ,l'ainé a bientôt treize ans. Lorsque l'infortunée mère les aperçut ,ses cris redoublèrent.

"-Mon amie , lui dit le maréchal, calme-toi. Aie un peu de courage que je t'ai vu toujours manifester lors de nos séparations. N'allais-je pas aussi chercher la mort ?.Seulement, nous n'en n'avions pas la certitude comme nous avions celle de nous revoir. Eh bien , cette espèrance, ne l'avons-nous pas aujourd'hui? Seulement la séparation sera plus longue qu'aucune de celles qui l'ont précédée....
(et comme la maréchale criait qu'elle ne survivrait pas à un coup aussi douloureux) " Non mon amie , non, tu dois vivre pour nos chers enfants, pour les élever, les conduire dans ce chemin de la vertu que tu as toujours toi-même parcouru, pour leur répèter surtout, ma chère que dans les mouvements politiques il n'y a point d'ennemis.Je te demande donc, je t'ordonne même de ne jamais leur présenter mon souvenir entouré d'idées de vengeance... Si je n'avais pas fait ce que j'ai fait, je ne serai pas ici. Soyons donc justes.
Après avoir tendrement embrassé ses enfants, il les renvoya au bout d'une demi-heure et resta jusqu'à sept heures et demie enfermé avec sa femme et Mme Gamot. Alors, comme l'autorité militaire à laquelle il appartenait depuis le prononcé de la sentence ,voyait que l'heure d'exécution s'approchait ,on pensa à éloigner la malheureuse femme et Pasquier fut député vers elle pour lui faire entendre qu'elle n'avait pas de temps à perdre si elle voulait faire des démarches.
Elle essaya de se lever, mais la nature avait reçu un coup si violent qu'elle ne pouvait pas tenir sur ses jambes. Cependant un cordial que Pasquier lui donna lui procura une force factice.Elle se hâta d'embrasser son mari et de voler aux Tuileries,bien persuadée qu'elle le verrait encore.
A peine fut-elle dans sa voiture que l'on dit au maréchal qu'il était temps maintenant de s'occuper de Dieu.Il répondit à cela par des jurements et des imprécations infernales.
Un grenadier, de ceux de la Rochejaquelein, qui était de garde dans sa chambre, l'entendant vociférer comme un possédé, lui dit :
"-Mon Général, et pourquoi donc que vous ne le verriez pas, ce prêtre? Pourquoi donc que vous ne vous confesseriez pas ? J'ai fait dix-sept campagnes, moi qui ai l'honneur de vous parler, eh bien, au moment de la bataile je faisais ma prière, je buvais un coup de rogomme et j'étais tout gaillard et tout dispos. Croyez moi,allez, ça rassure toujours. Bah, on n'est pas sans savoir quelques rocambolles sur le coeur, eh bien, on le dit et , je vous le répète, ça fait toujours du bien.
"- Tu crois, lui répond le maréchal,eh bien, où est ce prêtre? Fais moi le venir...."

On a aussitôt appelé le curé de Saint-Sulpice et en quelques minutes il est arrivé auprès du maréchal....
Lorsque le curé entra dans la chambre du maréchal, il était assis et ne se leva pas à son arrivée:

"- Ah ça, lui dit-il, soyez prompt. Je ne sais pas pourquoi vous êtes ici,mais enfin il faut faire comme tout le monde, mais ne soyez pas long.

Le curé fit signe aux grenadiers de se retirer et commançant un discours analogue à la circonstance, il amollit tellement ce coeur jusqu'alors endurci , il s'ouvrit à lui et ce ne fut qu'au bout de cinq quarts d'heure que le curé de Saint-Sulpice se retira de sa chambre. On put alors remarquer l'étonnant changement qui s'était fait sur la figure du maréchal. On voyait qu'il ne tenait déja plus à cette terre et que les grandes et consolantes vérités qu'il venait pour ainsi dire d'apprendre en lui révèlant l'existance d'un Dieu tout bon et tout miséricordieux, lui avaient déja ouvert la porte posée par sa main toute puissante pour séparer cette courte vie de celle qui n'aura jamais de terme.Il n'avait plus ce regard insolent ,cet air audacieux qui semblait défier le ciel même. Il était tout aussi calme mais plus recueilli en lui-même. Il ne dit plus rien et lorsqu'à neuf heures le curé de Saint-Sulpice entra en silence dans sa chambre ,il le trouva appuyé contre sa table à écrire , la tête reposant saur sa main. Le silence du prêtre lui expliqua tout :

"--Je suis prêt à vous suivre, lui dit-il, marchons."

Il était en bas de soie noirs, souliers à cordons, culotte noire et une redingote sans aucun ordre (quoiqu'on ne lui en ait oté aucun) Il boutonna sa redingote, mis son chapeau rond et dit

"-Allons"
Il descendit assez rapidement et arriva à la grande porte qui donne dans le jardin. Là était dans le jardin même un fiacre (n°617) qui l'attendait. Il ôta son chapeau devant le curé et avec beaucoup de respect il lui prit le bras pour l'aider à monter dans le fiacre. Il s'y élança lui-même aprés, fort lestement, et la voiture partit au pas:elle était entourée d'infanterie et de cavalerie et les grilles étaient fermées et gardées.
La voiture suivit à gauche et gagna l'Observatoire.
Arrivé sur le terrain, il se mit à genoux pour recevoir encore la bénédiction du prêtre.Ensuite il se releva et ne voula pas se laisser bander les yeux:

"-un Français, dit-il doit pouvoir considérer la mort avec assurance.

Il y avait deux pelotons de vétérans composés chacun de douze hommes; le premier seul a eu besoin de tirer.On m'a dit que l'officier était tellement ému qu'à peine a-t-on pu entendre le commandement......

(d'après une correspondance de Laure d'Abrantes avec son amant M ; Maurice )

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CC
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Message par CC » 06 déc. 2007 22:25

C'est bien émouvant.

Terrible pour un tel héros!

Merci BBea!
:fleur:

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d'hautpoul
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Message par d'hautpoul » 07 déc. 2007 13:14

7 Décembre 1815

Image


-"Camarades, faites votre devoir et tirez là! "

Image

:croix:
Modifié en dernier par d'hautpoul le 08 déc. 2007 13:31, modifié 1 fois.

Sébastien
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Message par Sébastien » 07 déc. 2007 16:28

Terrible .... :(

Merci bbea ! :salut:

duc de Raguse
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Message par duc de Raguse » 07 déc. 2007 17:16

Très intéressant à lire ! Merci pour ce témoignage... :wink:
Mais n'a-t-on pas accusé la duchesse d'Abrantes d'en rajouter assez souvent dans ses écrits ?
"Un peuple sans âme n'est qu'une vaste foule"

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Eric
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Message par Eric » 08 déc. 2007 10:53

Triste jour...

Droit au Coeur, c'est là que l'on tue les Braves.

à Michel Ney, un Brave, un Homme, un Frère.


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Message par Eric » 08 déc. 2007 11:21

" Non mon amie , non, tu dois vivre pour nos chers enfants, pour les élever, les conduire dans ce chemin de la vertu que tu as toujours toi-même parcouru, pour leur répéter surtout, ma chère que dans les mouvements politiques il n'y a point d'ennemis. Je te demande donc, je t'ordonne même de ne jamais leur présenter mon souvenir entouré d'idées de vengeance... Si je n'avais pas fait ce que j'ai fait, je ne serai pas ici. Soyons donc justes.''


Oublions l'histoire, sans oubliez qui il était; oublions nous et nos aprioris...

à vous lire, non point sur vos ressentis envers l'Empereur, le Maréchal Ney et tous bonapartistes en général: mais en rapport avec l'affirmation de celui qui va mourir, et qui appel à ne point haïr ... et n'hésitons point à nous approprier la situation et son sens profond... car il y a plus de profondeur dans cette simple phrase que dans un diatribe de mille pages...

Eric
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Message par CC » 08 déc. 2007 12:45

Eric, tu parles d'or.

:fleur:

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Message par Eric » 08 déc. 2007 18:36

ce qui a précédé....

M. Cauchy se mit à lire toute la diatribe pénale,mais au bout d'une page , le maréchal l'interrompit en lui disant:

-Croyez-vous que depuis que je suis en prison je n'ai pas appris le Code pénal par cœur? Je le sais mieux que vous, allez au fait et soyez bref.

-M. le maréchal, lui dit M. Cauchy, la peine capitale, la peine de mort a été prononcée.

-Monsieur, lui dit le maréchal, pour un homme comme moi on ne dit pas le mot peine de mort. On dit:mordre la poussière. C'est ainsi que je dois mourir. Au surplus, des conversations du genre de celle-ci doivent être les plus brèves possible. Retirez-vous. Vous devez être fatigué.J'ai l'honneur de vous saluer.


La mort est dans ce cas, synonymie de fin, d'échec ... et pour mettre en échec un homme de son envergure, il faut lui faire mordre la poussière, et, pour qu'il ne s'en relève point... il faut donc le tuer.

La force d'avoir envie de faire, et de ne point y mettre un terme sauf vaincu, mais un homme de cette envergure ne se retire pas, tant que sa volonté est... quant est-il si l'au delà existe, quant aux mesures d'une tel stature?

Il est -tel le Duc de Guise- plus susmentionné aux portes de la mort, que vif

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Message par CC » 09 déc. 2007 16:23


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Message par Eric » 09 déc. 2007 16:39

:aime:

merci Chantal...
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Joséphine
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Message par Joséphine » 16 déc. 2007 10:08

Cela me dépasse qu'on fusille ainsi "légalement" un homme de cette importance qui n'a pour seule faute que d'avoir combattu loyalement à Waterloo!

duc de Raguse
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Message par duc de Raguse » 16 déc. 2007 16:23

qui n'a pour seule faute que d'avoir combattu loyalement à Waterloo!
Vous oubliez ses promesses à Louis XVIII... :wink:
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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 16 déc. 2007 16:35

Estimez-vous qu'il aurait dû tout mettre en oeuvre pour accomplir les promesses qu'il avait faites à Louis XVIII ?

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La Bédoyère
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Message par La Bédoyère » 16 déc. 2007 17:33

Bonsoir,

Il n'aurait pu remplir ses promesses à Louis XVIII pour une raison bien simple : les troupes, majoritairement acquises à Napoléon, et qui de plus connaissaient sa légendaire bravoure n'auraient pas compris et admis le moindre ordre de s'emparer de la personne de Napoléon.

Sa carrière est indissociable de celle de Napoléon.
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Quelle époque, quels hommes

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