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Ronald Billuart
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Les charges de cavalerie vues par le capitaine Mercer

Message par Ronald Billuart » 15 nov. 2007 9:56

L'endroit où avait pris position la batterie du capitaine Mercer est marquée par une stèle le long de la voie des Vertes Bornes.

Durant la nuit du 17, nous avons bivouaqué dans le verger de la ferme de Mont-St-Jean en compagnie de deux autres unités d’artillerie à cheval.
Je crois que ce fut vers midi que l’adjudant major de l’artillerie à cheval s’approcha pour nous conduire au point B, à l’extrême droite de la seconde ligne ou de ce que je considérais comme tel à ce moment. Nous nous y sommes mis en formation en potence par rapport à la première ligne et face à la direction de Nivelles. Devant, nous avions une ravine (si je peux qualifier ce fossé de la sorte) qui s’étendait d’Hougoumont dans la direction de Merbe Braine. Dans celle-ci, étaient postés, si je m’en souviens bien, des fusiliers ou de l’infanterie légère ainsi que quelques cavaliers de la légion germanique.
Il y avait sur notre gauche une batterie d’artillerie à pied qui s’étendait dans la direction de la route de Nivelles. Elle était commandée par le capitaine Bolton qui fut tué peu de temps après notre arrivée. Je ne me rappelle plus quelles autres troupes auraient pu se trouver au delà. On ne nous en signala pas la moindre à notre droite. Derrière nous, se trouvait le 14th Regiment d’infanterie couché en carré sur le sol.
Au delà de la ravine, le sol s’élevait d’abord de façon relativement abrupte avant de continuer en pente douce sur une assez grande distance. Au-dessus s’étendait la grand-route de Nivelles. Elle était entourée de grands champs de maïs parsemés de quelques bosquets. Ce qui, depuis nos positions, semblait être le sommet, était occupé par un important corps de cavalerie qui n’était pas uniquement constitué de lanciers contrairement à ce que vous avez indiqué sur le plan. La droite de celui-ci était occupée par de nombreuses batteries d’artillerie, aussi bien lourde que légère. Ces dernières ont dirigé un feu incessant sur nous. Les autres semblaient tenues en réserve jusqu’à ce que, à une seule reprise, elles ouvrent le feu un court instant. Elles cessèrent immédiatement de tirer dès la disparition du motif qui les avaient poussées en avant. Nous avions pour ordre d’observer cette ligne de lanciers et de ne pas tirer jusqu’à ce qu’ils tentent de passer ce fossé. Comme ils ne le firent jamais, nous avons eu amplement le temps d’observer tout ce qui se déroulait autour de nous. Je regrette bien ne pas avoir pris note de tout cela au lieu de me fier à une mémoire perfide.
Une fusillade continue se déroula dans les maïs près de la route de Nivelles. Elle était entretenue par nos fusiliers tandis que la cavalerie située dans le fond envoyait de temps à autre de petits détachements sur le talus opposé. Après s’être approchés de la ligne de lanciers, ils opéraient une retraite et rejoignaient le gros de leurs corps.
Nous ne pouvions rien voir de tout ce qui se déroulait sur le front parce que le sommet sur lequel notre première ligne se trouvait était plus haut que le terrain que nous occupions. De cette ligne, nous ne pouvions voir que les quelques carrés d’infanterie postés juste à côté de nous entre les batteries.
De temps à autre, des corps de cavalerie se ruaient entre les carrés et disparaissaient je ne sais comment après avoir été dispersés sur la contre-pente.
Un de ces corps s’approcha d’ailleurs en ordre plus compact que les autres et se dirigea juste dans notre direction. A ce moment, un régiment de cavalerie qui appartenait, je crois, à la légion germanique, déboucha de la ravine en D et se mit en formation pour l’attaquer. Le corps français qui s’était immédiatement rendu compte du danger, pivota en ligne vers la gauche. Les unités qui progressaient pour charger entrèrent littéralement en collision alors qu’elles étaient en plein galop. Le choc parut violent, aucun des deux adversaires ne fut défait car chaque parti traversa l’autre et referma ses rangs immédiatement après s’être dégagé. La charge ne fut pas renouvelée et les deux corps disparurent comme le reste, sans que je sache comment.
Plusieurs avalanches de ce genre s’étaient déjà déroulées auparavant. Vers deux heures de l’après-midi, un nouvel assaut eut lieu qui sembla submerger totalement la droite de notre première ligne. Je ne puis mieux le comparer qu’à un immense ressac se rompant sur une côte parsemée de rochers épars contre lesquels la vague vertigineuse se précipite dans un vacarme furieux, se scinde et continue sa course, sifflant et bouillonnant loin au-delà de la plage. En un instant, une multitude de lanciers et d’autres cavaliers dévalèrent le vallon en quantité telle que tous les intervalles entre les lignes en étaient couverts, toutes unités confondues, l’ensemble s’éparpillant dans toutes les directions.
Le 14th Regiment prit immédiatement les armes et fit corps avec son carré tandis que nous nous apprêtions à l’appuyer avec la partie gauche de notre batterie.
Des premières lignes, nous ne pouvions plus voir que les canons abandonnés sur la crête, mais plus rien des carrés ! Chaque être vivant semblait balayé par ce terrible souffle. Tout paraissait tellement lugubre qu’un officier qui se trouvait à cheval à côté de moi me fit part de ses sérieuses appréhensions quant au sort qu’il croyait réservé à la bataille.
Dans le même temps, les unités débandées de cavalerie commençaient à s’évaporer, tout comme les autres et les choses semblèrent reprendre l’apparence qu’elles avaient avant l’assaut. Le lieutenant-colonel sir Augustus Fraser, qui commandait l’artillerie à cheval, s’approcha alors en toute hâte pour nous conduire sur une position située en première ligne. Après avoir attaché les avant-trains, nous nous sommes déplacés vers la gauche et avons progressé au galop en colonne par sous-unités en empruntant la voie que vous avez indiquée sur votre plan.
En chemin, sir Augustus Fraser me dit qu’on redoutait une sérieuse attaque contre la partie des lignes vers laquelle nous nous dirigions. Selon toute vraisemblance, nous serions directement engagés par la cavalerie française. Dans le cas où elle se précipiterait sur nous, le duc avait donné l’ordre que les hommes se replient à l’intérieur du carré le plus proche. Il nous quitta après nous avoir indiqué l’emplacement à occuper entre deux carrés d’infanterie de Brunswick. Le terrain que nous occupions était deux ou trois pieds plus bas que celui que nous avions face à nous. Cette différence de niveau était marquée de façon très nette, courait le long d’un chemin sans obstacle et offrait une sorte de genouillère à notre batterie. Au-delà de cette route, s’étendait un terrain de même niveau sur 40 à 50 yards. Ensuite, le sol descendait rapidement sur la plaine qui séparait les deux armées.
Notre sous-unité de tête était à peine arrivée sur la position qu’il devint évident qu’il ne serait pas possible d’obtempérer aux ordres du duc : une puissante colonne de cavalerie composée de grenadiers à cheval et de cuirassiers était justement occupée à gravir la pente et à se rapprocher de nous à un pas si rapide que nous eûmes à peine le temps d’entrer en action. Si nous étions restés en colonne, il est certain que nous étions perdus.
L’ordre fut donné de nous déployer. Dès son arrivée en position, chaque pièce ouvrit le feu tandis que les deux carrés d’infanterie commençaient un tir faible et décousu. Ils étaient en si piteux état que je m’attendais à chaque instant à les voir se débander.
Leurs rangs, décousus et relâchés présentaient des brèches de plusieurs files de largeur que les officiers et les sergents tentaient fiévreusement de combler en poussant et même en frappant leurs hommes. Pendant ce temps, ceux-ci, raides comme autant de piquets, semblaient complètement hébétés et déconcertés, tenant leur arme comme de jeunes recrues. Je devrais ajouter qu’ils étaient tous très jeunes. Aucun des soldats ne devait avoir plus de 18 ans. Malgré notre feu, la colonne de cavalerie continuait à avancer au trot jusqu’à ce qu’elle fût séparée de nous par à peine plus que la largeur du petit chemin. Au moment où nous nous attendions à être écrasés, les hommes des escadrons de tête firent soudain volte-face et tentèrent de se frayer un chemin vers l’arrière. Ceci provoqua un complet désordre parmi les rangs ennemis, l’ensemble se transformant en une foule en plein désordre. La scène qui suivit est difficile à rendre. Il leur fallut plusieurs minutes pour arriver à quitter le plateau durant lesquelles notre feu ne fut jamais interrompu. Il provoqua un carnage effroyable étant donné que chaque pièce (de 9 livres) était chargée de boîtes à mitraille rondes. En raison de la faible distance, de la taille de l’objectif et de la surélévation du terrain devant lequel nous nous trouvions, chacun des coups ne pouvait que provoquer des ravages.
Beaucoup de cavaliers ennemis, au lieu de chercher refuge dans la retraite, passèrent par les intervalles entre nos lignes de canons et continuèrent leur chemin comme d’autres l’avaient fait précédemment. La plupart d’entre ceux qui se trouvaient devant nos batteries cherchèrent désespérément la fuite en tentant par tous les moyens à se frayer un passage à travers leurs propres unités et l’on entendit, de toute part, tirer des coups de feu au sein de leurs rangs. Finalement, les restes de cette impressionnante colonne finirent par trouver protection sous le couvert de la dénivellation de terrain. Ils laissaient un plateau encombré de morts et de blessés. Nous avons alors cessé le tir car nos hommes, épuisés par cet effort, devaient se remettre pour être à nouveau en état de contenir l’attaque suivante que nous voyons en train de se préparer. L’ennemi venait à peine de quitter le fond du vallon qu’un grand nombre de bonnets de grenadiers furent à nouveau visibles au niveau du sommet.
La seconde tentative d’attaque était précédée d’un nuage de tirailleurs qui s’approchèrent à très courte distance de notre front. Ils nous occasionnèrent beaucoup de dommages avec leurs carabines et leurs pistolets mais comme le but évident était que nous dirigions notre tir contre eux, nous n’en avons pas tenu compte.
Lorsque la colonne fut finalement reformée, elle gravit une fois de plus le plateau et avança pour nous attaquer. A ce moment cependant, son allure dépassait à peine le pas, à la limite un très faible trot, étant donné qu’elle rencontrait trop d’obstacles devant pour permettre une progression plus rapide sans mettre la formation en désordre. Ceci nous était évidemment favorable. L’expérience nous ayant démontré l’efficacité et le pouvoir destructeur d’un tir rapproché, nous avons laissé les escadrons de tête atteindre la moitié de la distance qui séparait le sommet de la route derrière laquelle nous nous trouvions avant de commencer le feu. Il est inutile de préciser que les résultats furent exactement les mêmes que ceux que je vous ai détaillés précédemment. Les formations furent à nouveau mises en désordre et pendant plusieurs minutes encore, elles furent exposées à un feu bien ajusté de boîtes à mitraille tirées à une vingtaine de yards de distance. L’amoncellement de morts et de blessés qui était déjà important avant cette attaque, était maintenant devenu impressionnant.
Je suis certain que ces attaques furent renouvelées à trois reprises, toujours avec moins d’espoir de succès car nos positions devenaient de plus en plus inaccessibles après chacune d’entre elles. C’était tellement vrai que la dernière charge venait juste d’être repoussée et que nous étions toujours occupés à accomplir notre œuvre de destruction que le duc, venu de l’arrière, progressa à hauteur de notre front pour nous intimer l’ordre de cesser le feu alors que les restes de la cavalerie n’avaient pas encore quitté le plateau.
Sa Grâce fut suivie de peu par une ligne d’infanterie qui gravissait la contre-pente avec l’arme à l’épaule. Les hommes s’enfonçaient profondément dans une argile collante et se débattaient dans les nombreux obstacles qui jonchaient le sol. La ligne présentait dès lors un front rompu et désuni tandis que les faibles hourrah qui s’en dégageaient prouvaient à suffisance les efforts consentis pour effectuer cette manœuvre. Arrivée au sommet, on rectifia l’alignement tandis que le feu que les batteries ennemies dirigeaient sur nous causait des pertes considérables. L’ensemble de l’infanterie, y compris nos voisins brunswickois, descendit le vallon en direction de la plaine.
Je suppose que ce mouvement dût être général. Au moment où il débuta, l’intensité de la canonnade s’atténua tout au long des lignes. Comme la fumée se dissipait quelque peu, je pus discerner pour la première fois et sporadiquement l’ensemble du champ de bataille.
Le sommet et la pente des positions adverses étaient couverts de masses de troupes sombres, d’autres manœuvraient dans la plaine mais mes souvenirs sont trop confus pour pouvoir me rappeler quelque particularité.
Notre ligne s’étant suffisamment avancée dans le vallon, nous avons pu recommencer à tirer sur les troupes qui étaient dans la plaine. C’est à ce moment que, sous le couvert de la fumée, une batterie vint de Dieu sait où et prit position un peu devant notre flanc gauche. Elle ne devait pas être distante de plus de 400 yards (indiquée en E sur le plan). De ce fait, elle prenait la plupart de nos lignes en enfilade du fait qu’elle se trouvait sur un terrain élevé. Le feu qu’elle dirigea sur nous fut le plus destructeur que nous ayons eu à subir jusqu’alors et il n’aurait pas manqué de nous annihiler si nous n’avions pas été sauvés par une batterie de cavalerie à cheval Belgic qui prit rapidement position à notre gauche (F) et qui, la prenant par le flanc, la repoussa très vite sur ses positions.
Avant l’arrivée de ces Belges, nous avions d’ailleurs tourné deux canons en direction de l’adversaire dans l’espoir que, faute de pouvoir le réduire au silence, nous aurions au moins pu rendre son tir moins dangereux. La mise en batterie à peine effectuée, un officier en uniforme noir de Hussar vint nous informer que nous étions en train de tuer nos amis prussiens. Il était inutile de répéter à cet homme que dans une telle mêlée, nous pouvions uniquement reconnaître l’arbre à ses fruits et que nos amis les Prussiens nous avaient déjà traités auparavant avec pas mal d’inconvenance. Il pouvait d’ailleurs en juger par les nombreux témoignages qui gisaient sur le sol tout autour de nous. Nous avons même cessé le feu tous ensemble pour l’en convaincre. Pendant ce temps, il put constater que ses compatriotes continuaient à entretenir un feu nourri contre nous. Nous l’avons finalement persuadé de se rendre jusque là et de tenter de faire taire l’autre batterie. Nous n’avons plus jamais entendu parler de lui et, comme je l’ai dit auparavant, nous avons évité d’être complètement détruits grâce à l’intervention de ces Belges qui, entre parenthèses, étaient tous ivres et nous auraient également tiré dessus si nous n’avions pas pris la peine de nous faire reconnaître sur le champ.
Mes souvenirs de cette période de la bataille sont relativement flous mais je pense que juste après, notre infanterie fit son apparition dans la plaine. Le feu de toutes les batteries cessa et nous vîmes presque immédiatement les masses ennemies se dissoudre et s’enfuir du champ de bataille en une foule désordonnée.
C’est à ce moment précis qu’un aide de camp galopa vers nous et hurla de toutes les forces qui lui restaient : « en avant, sir, en avant ! Il est de la plus haute importance que cette action soit appuyée par l’artillerie ! » Nous pouvions seulement lui désigner les misérables restes de notre batterie. Le coup d’œil qu’il jeta dessus fut suffisant pour qu’il comprît et il s’en alla.
Lorsque tout fut redevenu calme, je découvris qu’à part l’unité d’artillerie à cheval du major Bull et nous-mêmes, plus aucun corps ne demeurait sur la position. Peu après, quelques batteries d’artillerie prussienne s’approchèrent et établirent leur bivouac près de nous.
On ne peut pas dire grand-chose de l’aspect du champ de bataille après l’action car la nuit tomba très vite. Nous étions d’ailleurs trop heureux de pouvoir nous étendre plutôt que de penser à regarder autour de nous. Le sol était bien sûr couvert partout de quantité d’hommes et de chevaux morts ou agonisants, de débris de pièces d’artillerie et de chariots de munitions, d’armes, de couvre-chef, etc. Je devrais par ailleurs ajouter que l’amoncellement des victimes était de loin plus important en face de nous que partout ailleurs sur le champ de bataille. Deux jours plus tard, alors que nous étions à Nivelles, le colonel Augustus Fraser me dit qu’en cheminant le long de la position française, il pouvait distinctement déterminer où l’unité G (notre lettre) avait été postée, car la sombre pile des corps qui se trouvaient devant formait un point marquant du champ de bataille.

Extrait de "The Waterloo Letters" Siborne.

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Message par CC » 17 nov. 2007 18:19

http://www.napoleonprisonnier.com/chron ... tml#mercer

Voilà un bien joli texte... qui nous raconte une bien terrible bataille!

C'est votre traduction, Ronald?


:fleur:

Ronald Billuart
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Cavalerie

Message par Ronald Billuart » 19 nov. 2007 6:58

Chère CC,
C'est effectivement la traduction d'une des 180 lettres éditées par Hubertus Siborne puisées dans le courrier qu'avait reçu son père. J'en avais effectué la traduction qu'il m'est impossible de faire publier jusqu'à présent. En attendant, je poursuis le "déchiffrage" du reste du courrier à partir de microfilms des textes originaux.

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Félicitations

Message par CC » 19 nov. 2007 13:00

C'est un bien beau travail! :croix:

Merci de nous en faire profiter.

:fleur:

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