Pour parler de Staps

Diverses personnes se sont opposées à Napoléon : complots, soulèvements populaires, opposition politique, écrits factieux...
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Frédéric Staps
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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 16:37

Drouet Cyril a écrit :Déduction, à mon humble avis et s'il s'agit bien du passage ayant motivé cette dernière, bien légère.
Jean Tulard, lui aussi, fait allusion dans son livre consacré à l'attentat de Staps au fait que cet attentat aurait joué un rôle dans la décision de Napoléon de divorcer. Je n'ai plus le livre sous la main pour vérifier s'il citait des sources pour étayer ce rapprochement mais tel qu'il présentait les choses, cela m'avait paru assez vraisemblable. Je comptais réemprunter ce livre la dernière fois que je suis allé à la bibliothèque, mais quelqu'un d'autre l'avait emprunté. Je tâcherai de vérifier dès que je l'aurai à nouveau.
Drouet Cyril a écrit :On peut préciser que l'idée du divorce était déjà mûre, bien avant Schoenbrunn
Bourrienne qui avait peut-être conservé des contacts avec Joséphine après s'être fait virer de son poste de secrétaire de Napoléon indique pourtant que celle-ci en entendit parler pour la première fois après le retour de Schoenbrunn. Ce n'est pas forcément une erreur de sa part. Tant que l'idée du divorce n'a pas été formulée auprès de la principale intéressée, cela reste une idée en l'air qui peut n'avoir jamais de concrétisation. Le fait que Napoléon l'aurait dite à Joséphine au retour de Schönbrunn comme le suggère Bourrienne n'est donc pas sans importance. C'est une étape décisive qui aurait été franchie à ce moment-là et qui aboutit au divorce dès le 14 décembre, soit à peine deux mois et deux jours après la tentative de Staps. Cette chronologie n'est cependant pas suffisante pour établir un lien de causalité directe et certaine entre les deux événements. Surtout si comme l'indique Jean Tulard lui-même dans le Dictionnaire Napoléon (article "Divorce de Napoléon"), c'est seulement en novembre que Napoléon se décide.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 18/05/2005 11:27

Dalmatie
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Message par Dalmatie » 12 juil. 2015 16:37

L'affaire Staps, racontée par Marmont dans ses mémoires (Livre XII- 1809).

Au moment où l?Empereur signait la paix, il prévoyait de nouvelles guerres qui devaient le ramener dans ces mêmes contrées. Il n?avait pas alors l?idée de ce mariage dont les résultats devaient être si funestes pour lui par la folle confiance qu?il lui inspira. [?]

Un armistice de deux mois avait rétabli complètement l?armée [?] ; mais la paix, alors d?accord avec la politique de l?Empereur, devait avoir lieu. Elle fut hâtée par l?attentat commis sur lui, et qu?un simple hasard et la présence d?esprit du Général Rapp firent échouer. Cet évènement a été raconté par tout le monde, et je n?en dirai qu?un mot. Il était le produit d?un fanatisme patriotique dont les têtes de la jeunesse allemande étaient enflammées. Napoléon en fut très effrayé, et on le tint secret alors, autant que possible.
Le Duc de Raguse ne dit rien sur le divorce de Napoléon. Il se contente d'aborder le futur mariage avec Marie-Louise. Par contre, Marmont fait un rapport entre l'attentat de Staps et la signature "hâtée" de la paix.

Amicalement

Dalmatie

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Dalmatie le 18/05/2005 15:22

Dalmatie
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Message par Dalmatie » 12 juil. 2015 16:37

Nous trouvons sur Gallica un ouvrage de Emile Marco de Saint-Hilaire :

"Histoire des conspirations et attentas contre le gouvernement et la personne de Napoléon" . Cet ouvrage date de 1847.

Nous y trouvons page 246 tout un chapitre consacré à l'affaire Staps (appelé dans cet ouvrage Straaps :wink: ) .

Amicalement

Dalmatie "vivement le weekend"

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Dalmatie le 19/05/2005 11:26

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 16:37

Dans la Revue des études napoléoniennes de 1922, un nommé Edouard Gachot écrit un article Un régicide allemand, Frédéric Staps. L'article lui-même ne semble pas être d'une excellente qualité. Il écrit par exemple ceci :
A deux heures du soir on le conduisait auprès du monarque, dans les anciens appartements de Marie-Thérèse. Le tremblement de ses mains, en apercevant et reconnaissant Napoléon, indiquait sa forte émotion.
alors que chez Emile Marco de Saint-Hilaire, on peut lire ceci :
Un instant après, Savary fit amener Straaps devant l'Empereur par un officier de gendarmerie. En voyant un jeune homme, Napoléon fut saisi d'un mouvement de pitié.
"Ce n'est pas possible, dit-il, c'est un enfant !"
Puis, lui ayant demandé s'il le connaissait, Straaps, que la présence de l'Empereur n'intimida nullement, lui répondit avec calme :
"Oui, Sire.
- Et où m'avez-vous vu ?
- A Erfurt, l'automne dernier."
De la même façon, Edouard Gachot mélange les différentes phases qui amènent à l'arrestation de Frédéric Staps. Sainte-Hilaire indiquait que Staps s'était fait remarqué successivement par Berthier et puis par Rapp et que c'était ce dernier qui l'avait fait arrêter. Edouard Gachot pour sa part rassemble cela en une seule phase où Berthier et Rapp agissent presque de concert.
Malgré ces multiples inexactitudes, l'article d'Edouard Gachot présente néanmoins un certain intérêt dans la mesure où il reproduit les textes de Schulmeister. Voici notamment la lettre que Schulmeister adresse à Savary le 14 octobre :
Mon général,
En exécution des ordres que vous avez bien voulu me transmettre, relativement à un individu accusé d'avoir attenté à la vie de Sa Majesté l'Empereur et Roi, et qui a été déposé en la maison de police de cette ville, je me suis rendu à minuit encore en cette prison où je l'ai trouvé dormir tranquillement et sans avoir remarqué la moindre agitation dans son sang.
Après avoir ordonné au capitaine de la prison de le tenir réduit au pain et à l'eau, je me suis retiré et j'y suis retourné le lendemain pour l'interroger; interrogation que j'ai continué sans désemparer jusqu'à sept heures du soir, temps pendant lequel il a toujours répondu de sang-froid aux questions que je lui avais faites; ayant continué cet interrogatoire aujourd'hui, j'ai remarqué en lui la même fermeté de caractère qu'il a montré d'abord, mais il a avoué qu'après s'être intimement convaincu de la Grandeur du monarque dont il a eu l'audace de menacer la vie, et après avoir reconnu les bienfaits que Sa Majesté ne cesse de répandre sur la terre, il se repent du profond de son coeur de l'action infâme qu'il voulut commettre, ne pouvant dorénavant avoir que de l'admiration pour ce souverain.
Ci-joint, j'ai l'honneur de vous adresser, mon général, copie des interrogatoires que j'ai fait subir à cet individu. Veuillez bien me faire connaître la volonté de Sa Majesté à son égard et agréez l'assurance de mon plus profond respect.
Cette lettre confirme ce qu'indiquait Jean Tulard. Selon Schulmeister, Staps aurait exprimé des regrets de son geste, mais cela n'a eu aucun effet pour adoucir la condamnation.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 19/05/2005 22:11

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 16:38

Voici le début de la transcription de l'interrogatoire de Staps par Schulmeister cité par Edouard Gauchot :

L'an 1809, 13 octobre, nous, Charles Schulmeister, Commissaire Général de police à Vienne, en exécution des ordres de Sa Majesté l'Empereur et Roi, à nous transmis par monsieur le général Savaray, duc de Rovigo, aide de camp de Sa Majesté, nous sommes transportés, accompagnés de gendarmes de la Garde en la prison civile, dite Policey Haus de cette ville et y avons fait comparaître devant nous un individu y détenu par ordre supérieur, lequel nous avons interrogé ainsi qu'il suit :
Demande. - Quels sont vos noms et prénoms, votre âge, votre qualité, votre lieu de naissance, et celui de votre domicile ?
Réponse. - Je m'appelle Frédéric Staps, suis âgé de près de 18 ans, qui seront accomplis au 14 mars prochain, apprenti-marchand, né à Naumbourg, en sexe, domicilié en dernier lieu à Erfurt.
D. - Savez-vous pour quel motif vous avez été arrêté ?
R. - Oui, je présume que c'est parce que je m'étais rendu dans la journée d'hier à Schoenbrunn, dans le dessin de demander à l'Empereur Napoléon s'il est disposé à faire la paix ou non, et de l'assassiner avec un poignard en cas de réponse négative.
D. - Quel est le motif qui vous a engager à projeter un crime aussi atroce ?
R. - J'ai cru pouvoir, en exécutant ce projet, mettre fin à la guerre actuelle.
D. - Vous dites que vous avez voulu assassiner Sa Majesté l'Empereur Napoléon pour mettre fin à la présente guerre. N'avez-vous pas espéré obtenir le même résultat en assassinant l'Empereur François ?
R. - Si même j'avais assassiné l'Empereur François, les Français auraient resté en Allemagne et je ne m'aurais pas vu à même de savuver ou au moins de rendre des services essentiels, tant à l'Allemagne qu'à la Hollande, à l'Espagne et à l'Angleterre, même à la France, attendu que ce n'est qu'en assassinant l'Empereur Napoléon que la paix peut être rendue à l'Europe bouleversée par lui.
D. - Depuis quand avez-vous conçu un projet aussi criminel que celui que vous venez de déclarer ?
R. - J'ai conçu ce projet et j'ai résolu de l'exécuter dès l'époque de la bataille de Wagram.
D. - Qui est-ce qui vous a engagé à concevoir un projet aussi criminel ?
R. - Ayant lu dans les feuilles publiques, et notamment dans les journaux, soit dans ceux de Francfort, soit dans ceux de Berlin, que presque toute l'Allemagne occupée par les troupes françaises avait été dévastée et que ses habitants ont été dépouillés de leur fortune et rendus malheureux, j'ai cru devoir accomplir le projet que j'avais conçu au même moment, et ce qui m'a fortifié dans ce projet est, qu'à cette époque, plusieurs officiers et sous-officiers saxons ont passé par Erfurt pour recruter en Saxe, dont l'un m'a dit que l'armée saxonne, forte de 16 000 hommes, a telleement souffert à la bataille de Wagram qu'elle se trouve réduite à 4 000 combattants.
D. - Quel est le nom du sous-officier saxon qui vous a dit cette fausse nouvelle ?
R. - Je ne le connais pas; et j'ignore son nom.
D. - Est-ce que d'autres officiers saxons vous avaient déjà donné de telles fausses nouvelles ?
R. - Des officiers saxons m'avaient déjà dit que l'armée saxonne avait été obligée de passer la première le Danube, de faire les attaques, ayant été forcée par les Français d'aller au feu, et qu'en général, on avait employé tous les moyens pour la faire exterminer.
D. - A-t-on ajouté foi tant à Erfurt qu'en la Saxe en général à ce faux bruit et à ces allégations mensongères ?
R. - Oui, on y a ajouté foi, et on se réjouissaient même de ce que les Français avaient également perdu beaucoup de monde.
D. - Est-ce que, depuis la bataille de Wagram, vous avez toujours nourri ce projet dans votre coeur ?
R. - Non, dès le moment où j'ai appris que la paix doit se faire, j'ai renoncé à ce projet et suis même retourné chez son père, à Naumbourg, où j'ai resté huit jours.
D. - Quelle est la qualité de votre père, demeurant à Naumbourg ?
R. - Il est ministre du culte protestant en cette ville.
A lui observé que, suivant les principes de sa religion, le meurtre et l'assassinat ne sont pas permis et qu'il n'y a même pas d'absolution à espérer pour un crime de cette nature, il a répondu qu'il le sait bien, mais qu'il a préféré de sacrifier sa vie pour le bonheur de l'Europe et de l'humanité plutôt que de rester dans l'inaction dans un moment aussi précieux, étant d'ailleurs intimement convaincu que par cette action il fléchirait non seulement la colère de l'Être suprême contre un homme en assassinant un autre, mais que le Père éternel le récompenserait encore pour avoir délivré la terre d'un souverain qu'il regarde pour la cause principale de la guerre.
D. - N'avez-vous jamais communiqué à M. votre père le projet criminel que vous aviez conçu ?
R. - Non, je ne lui en ai jamais parlé, de peur qu'il ne m'empêchât de l'exécuter.
D. - Quelles sont les personnes auxquelles vous avez donné communication de ce projet ?
R. - Je n'en ai donné communication à personne, dans la persuasion que mes amis m'auraient empêché, pour éviter ma perte, et je ne l'ai pas dit à d'autres personnes, de peur d'être trahi par elles.
D. - Comme vous aviez renoncé à votre projet après la bataille de Wagram, d'où vient-il que vous l'avez conçu de nouveau ?
R. - J'ai conçu de nouveau ce projet parce que j'ai bien vu que les bruits de paix ne se réalisaient pas et que la guerre recommençait de nouveau, opinion que j'ai fondée sur la circonstance qu'on recrutait beaucoup en Allemagne, et qu'en Saxe même, on recrutait environ 20 000 hommes de troupes fraiches pour les envoyer en Autriche.
D. - A quelle époque êtes-vous parti d'Erfurt ?
R. - Je suis parti le 24 du mois passé pour me mettre à Vienne; les deux premiers jours, je voyageais suel dans une carriole attelée avec un cheval que j'avais louée à Erfurt; et après avoir vendu cet attelage à Lichfeld, j'ai continué ma route à cheval jusqu'à Bayreuth, où j'ai vendu mon cheval, en continuant ma route à pied jusqu'à Ambert, d'où je me suis rendu en fiacre à Ratisbonne, de là, j'ai continué ma route en bateau et suis arrivé à Vienne le 7 de ce mois, vers le soir.
D. - Où est-ce que vous êtes entré en logement lors de votre arrivée dans cette ville ?
R. - J'ai passé la première nuit dans une auberge dont je ne me rappelle plus l'enseigne, et le lendemain, un homme inconnu que j'ai rencontré en ville m'ayant dit que je pouvais trouver un logement dans la rue dite Im-Klend, n° 188, je m'y suis rendu et y ai pris un logement que j'ai continué à occuper jusqu'au jour de mon arrestation.
D. - Quelles sont les personnes que vous connaissez à Vienne ?
R. - Je n'y connais personne, et pendant mon séjour dans cette ville je n'ai rencontré que des particuliers inconnus.
D. - Quelles ont été vos occupations pendant votre séjour à Vienne ?
R. - J'ai employé mon temps à parcourir les cafés pour y lire les feuilles publiques et diverses pièces de théâtre, notamment la comédie intitulée Der fieden am Pruth.
A lui observé qu'en parcourant les cafés, et en y lisant les feuilles publiques, il a dû se convaincre qu'on s'occupait de la conclusion de la paix, il a répondu qu'il avait déjà à Erfurt même, entendu beaucoup parler de la paix, qu'il y avait même lu des gazettes où on donnait l'assurance de la paix prochaine, que le public croyait déjà avoir été signée à Vienne, mais ayant été trompé dans son attente, et que s'étant convaincu que ces nouvelles n'étaient pas fondées, il s'est décidé à exécuter le projet qu'il avait primitivement conçu d'assassiner l'Empereur et Roi, cela pour sauver tant de milliers d'hommes qui seraient nécessairement victimes d'une nouvelle guerre.
D. - Lorsque dans la journée d'hier, vous avez eu l'audace de vous approcher de la personne de S. M. à Schoenbrunn, quel avait été votre dessein et votre dernière résolution ?
R. - J'ai voulu m'approcher de l'Empereur Napoléon et m'étais proposé de lui demander : Aurons-nous la paix ou non ? Et au cas où il n'aurait pas daigné me répondre, ou s'il m'avait donné une réponse négative, j'étais décicé de lui enfoncer mon poignard dans le coeur.
D. - Comment avez-vous pu avoir un coeur assez féroce, jusqu'à vous permettre d'attenter à la vie d'un monarque aussi grand et qui fait l'admiration du monde entier ?
R. - Je m'étais décidé à commettre cette action et rien n'a pu m'en faire désister.
D. - N'avez-vous jamais senti des inquiétudes lorsque vous avez pensé au projet criminel que vous aviez conçu et n'avez-vous pas tremblé au moment où vous l'avez voulu exécuter ?
R. - Non, je n'ai pas eu la moindre inquiétude et j'aurais pu exécuter ce projet avec sang-froid.
A lui observé qu'il doit savoir quels tourments on fait subir aux malheureux qui osent porter atteinte à la vie d'un souverain, à quel châtiment et à quelles peines douloureuses ils sont soumis, a répondu qu'il le sait, mais tout cela ne l'effraie pas, attendu que plus les peines sont douloureuses, plus celui qui les endure souhaite et désire voir approcher la mort pour jouir enfin de la béatitude éternelle, et qu'il espérait être récompensé par l'Être éternel en assassinant l'Empereur Napoléon.


Je fais une petite pause dans la retranscription. A suivre...

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 20/05/2005 07:24

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 16:38

Voici la suite de l'interrogatoire :

D. - Avez-vous vu S. M. l'Empereur et Roi lors de son séjour à Erfurt ?
R. - Oui, je l'ai vu.
D. - Mais n'avez-vous pas été saisi d'un sentiment d'admiration lorsque vous avez vu l'auguste personne de Sa Majesté ?
R. - Oui, j'étais même des premiers qui ont crié "Vive l'Empereur !" mais depuis le recommencement de la guerre, mon enthousiasme pour lui s'est évanoui; mon amour pour lui s'est même à cette époque transformé en haine et j'ai pris la ferme résolution de l'assassiner au premier moment favorable.
D. - Vous savez cependant, ainsi que je vous l'ai déjà observé, que la religion luthérienne défend sans rémission ni espoir de grâce de la part de l'Être suprême, tout assassinat quelconque, et principalement celui d'un souverain dont la présence est sacrée aux yeux de l'Eglise.
R. - Oui, je connais parfaitement ce principe de la religion dans laquelle je fus élevé, mais la conviction intime que j'avais que dans ce moment où on recrute si fortement dans mon pays je serais dans le cas de servir et de commettre en brave soldat des assassinats dont il ne serait rien résulté pour ma patrie, ce qui m'a engagé à commettre au moins un assassinat qui selon mes vues aurait été favorable à l'humanité.
D. - Ne savez-vous donc pas que ce n'est que S. M. l'Empereur Napoléon qui a fait cesser la guerre civile en France, qui y a rétabli l'ordre et la tranquillité publique, qui en rétablissant le libre exercice des cultes, a consolidé les fondements de la Morale et de la Religion, et qu'il a enfin fait tout pour le bonheur de son peuple, que c'est encore à lui qu'on est redevable des bienfaits du Concordat ?
R. - Je n'ai pas réfléchi sur tout cela, et n'ai pensé qu'aux malheurs arrivés en Allemagne par la guerre dont, à mon avis, l'Empereur Napoléon est la cause principale, et j'ai cru pouvoir faire cesser cette guerre en l'assassinant.
D. - Ne savez-vous donc pas que ce n'est pas S. M. l'Empereur Napoléon, mais bien l'Empereur François qui, dans les dernières guerres, a commencé l'attaque, forcé le roi de Bavière à quitter ses Etats, qu'il a fait pénétrer ses avant-postes jusqu'en avant du fort de Kehl, que dans la guerre de Prusse, c'était le roi de ce royaume qui a déclaré la guerre à l'Empereur des Français, forcé les Saxons, vos compatriotes, à se battre pour la défense de sa cause; que cependant, l'Empereur Napoléon, que vous avez voulu assassiner, après la première victoire, maître de toute la Saxe, lui accorda la paix, agrandit même la puissance de votre souverain; que dans cette présente guerre, l'Empereur inonda la Bavière et votre propre patrie avec ses armées et qu'il rendit malheureux non seulement les Bavarois et les Saxons, mais encore ses propres sujets; que ce n'est enfin qu'à lui qu'on peut imputer les suites funestes et les désastres de la guerre ?
R. - Je n'ai pas réfléchi à tout cela, n'ayant vu que les malheurs de mon pays, et croyant que c'est l'Empereur Napoléon qui en était la cause, et qu'il voulait se rendre maêitre de l'Europe entière par des guerres éternelles, dont je l'ai cru l'auteur. Etant aujourd'hui plus instruit sur le véritable motif de ces guerres, et sur les personnes qui les ont provoquées, suivant les observations qui viennent de m'être faites, je suis convaincu que j'avais été dans l'erreur à ce sujet.
D. - Qui est-ce qui vous a dit que c'est l'Empereur Napoléon qui était la cause de ces guerres ?
R. - Je l'ai entendu dans diverses sociétés, à Erfurt où la conversation roulait sur les motifs de la guerre et où on m'avait dit que l'Empereur des Français ne fait la guerre que pour se rendre maître de toute l'Europe.
D. - Quelles sont les personnes qui composaient ces sociétés ?
R. - Je ne me rappelle pas des noms qui faisaient partie de ces sociétés, n'ayant vu et fréquenté ces sociétés que dans les cafés et autres maisons publiques.
D. - Connaissez-vous un nommé Victorius, homme de loi, demeurant aux environs d'Erfurt ?
R. - Non, je ne le connais pas personnellement, quoique je me rappelle l'avoir déjà entendu nommer.
D. - Qu'est-ce qu'on vous a dit sur son compte ?
R. - Je l'ignore.
D. - Connaissez-vous le commandant de la Garde d'honneur à Erfurt ?
R. - Oui, je le connais, il s'appelle Throm, et je me suis même rendu chez lui lorsqu'il avait obtenu de l'Empereur Napoléon une tabatière d'or garnie de diamants.
D. - Avez-vous parlé à M. Throm lors de son retour à Vienne ?
R. - Non, monsieur.
D. - N'avez-vous pas l'intention de donner avis à votre prèe de ce qui vient d'arriver et de la position dans laquelle vous vous trouvez ?
R. - Non, je ne veux point lui écrire dans ce moment, parce que, avant mon départ d'Erfurt, je lui ai déjà marqué que je me propose de faire un pas qui me coûtera la vie, mais qui sauvera des milliers d'hommes, et que je suis convaincu qu'il me croit mort dans le moment actuel. Comme le sort qui m'est destiné m'est d'ailleurs inconnu, et que je suis dans l'incertitude si on ne veut pas me livrer au dernier supplice, je ne veux plus lui donner de mes nouvelles.
Vers 7 heures, Schulmeister décidé de reprendre le lendemain, 14, l'interrogatoire du prévenu. L'attitude de Frédéric, gardé au secret, était calme. Il ne se plaignait que du manque de viande et de bière à ses repas. En date indiquée, et à 9 heures du matin, le commissaire reprit son enquête.


Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 20/05/2005 10:34

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 16:39

La suite de l'interrogatoire le 14 octobre porte essentiellement sur la recherche d'éventuelles complicités. Je ne vais pas le retranscrire intégralement. Il est possible de le consulter sur le site Gallica. Je vais juste citer les extraits qui retiennent mon attention.

D. - Quelles sont les sociétés de jeunes gens que vous avez ordinairement fréquentées ?
R. - Ma société à Erfurt était composée du jeune Waltehr, commis-marchand de la maison Ziegler, du jeune Zerremer, apprenti-marchand chez M. Geisser, libraire, et du jeune Blass, également apprenti chez MM. Kronbuchel et fils.
D. - Ces jeunes gens étaient-ils, comme vous, disposés à se mêler des affaires politiques, et quel était le sujet de votre conversation avec eux ?
R. - Ils ne se sont pas beaucoup occupés d'affaires politiques, et je me rappelle même que lorsque je leur ai une fois dit que les Français ne manqueront pas d'être chassés de l'Autriche et de l'Allemagne en général, et que nous aurons sous peu une paix universelle, ils m'ont répondu que j'étais fou.

[...]

D. - Vous m'avez dit hier et vous m'avez répété aujourd'hui que vous avez fait connaissance d'une demoiselle à Erfurt, à laquelle vous avez été très attaché. Quel est le nom de cette personne ?
R. - Elle s'appelle Charlotte Bellermann, fille d'un négociant d'Erfurt.
D. - Ne lui avez-vous jamais fait une déclaration d'amour ?
R. - Non, je n'ai jamais eu l'occasion de l'entretenir en particulier.
D. - N'avez-vous jamais communiqué à cette demoiselle le projet criminel que vous aviez conçu ?
R. - Non, jamais !

[...]

D. - Est-ce que les ouvrages que vous avez lus, et notamment les romans, n'ont pas fait naître en vous le projet criminel d'assassiner le plus grand des monarques, et n'aviez-vous pas conçu ce même projet pour faire connaître votre nom à la postérité ?
R. - Non, monsieur. Je n'ai lu que des auteurs indifférents tels que Kotzebue, Schiller, Campé, Fénelon et l'Histoire de Charles XII par Voltaire.
D. - Avez-vous lu d'autres ouvrages de Voltaire ?
R. - Non, je n'en ai pas lu d'autres.
D. - Avez-vous lu l'histoire romaine ?
R. - Je l'ai lue en partie dans les ouvrages de M. Schrouk.
D. - Quelles sont les diverses époques de l'histoire romaine qui ont le plus frappé votre imagination ?
R. - C'est l'assassinat commis par Romulus sur son frère Rémus.
D. - Avez-vous lu ce qui est relatif à la vie et aux actions de Brutus ?
R. - Je ne m'en rappelle plus.
D. - Avez-vous remaqué en lisant l'histoire romaine, un passage où l'on traire de la vie de Cinna ?
R. - Je ne me rappelle plus.
D. - Connaissez-vous l'histoire de France ?
R. - Je ne connais pas l'histoire ancienne de la France, n'ayant connaissance de l'historique de ce pays que depuis la Révolution qui s'y est opérée.
D. - Connaissez-vous l'histoire de Charlotte Corday ?
R. - Non, je ne la connais pas.
D. - N'avez-vous jamais entendu parler d'un certain général Georges arrêté comme conspirateur ?
R. - Non, monsieur, mais j'ai appris déjà que plusieurs personnes ont attenté à la vie de l'Empereur, sans voir pu réussir; mais j'ignore leurs noms.
D. - Ne convenez-vous pas aujourd'hui que vous avez été induit en erreur sur les actions de S. M. l'Empereur; ne reconnaissez-vous pas la grandeur d'âme de ce monarque, et ne vous sentez-vous pas du repentir sur le plan funeste et irréfléchi que vous vous êtes permis ?
R. - Oui, je le sens et je m'en repens du plus profond de mon coeur, ne pouvant qu'admirer la grandeur du monarque, contre lequel j'avais conçu sans motif fondé, une haine aveugle et mal placée.
C'était la fin de l'interrogatoire. Il avait eu pour témoins, Merckheim, le capitaine Vinnot, de la gendarmerie de la Garde, le maréchal des logis Marteau, les gendarmes Tirtinger et Durtrieur. Staps, après la lecture, le signa, en approbation, et il fut porté, aussitôt, au général Lauer qui s'empressa de le remettre à Savary.


Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 20/05/2005 13:13

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 16:39

Bizarrement, l'enquête va ensuite se poursuivre après le procès et l'exécution de Staps auprès des marchands chez qui il était apprenti, auprès de ses camarades et même auprès de ses parents que l'enquêteur n'informe même pas de l'exécution de leur fils avant de les interroger. Cette enquête complémentaire permettra juste d'obtenir des lettres que Staps avait écrites à ses parents ou que ses parents lui avaient écrites, mais ne permettra pas d'établir de complicités.
L'interrogatoire réalisé par Schulmeister qualifié par Edouard Gachot à la suite de Ségur de "maître ès-interrogatoire" est assez singulier. Comme dans le cas de Louvel, l'enquêteur essaie de piéger Staps pour qu'il trahisse ses complices, mais il passe également un certain temps à le convaincre que Napoléon est un grand souverain et cherche à lui faire regretter son geste, non pas pour obtenir la clémence du tribunal puisqu'apparemment la sentence est déjà fixée d'avance, mais comme si le fait de convaincre Staps de son erreur allait faire en sorte qu'il n'ait pas d'imitateurs, alors que ces regrets ne seront pas divulgués au public.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 23/05/2005 10:34

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 16:39

Dans son livre Napoléon. Jeudi 12 octobre 1809. Le jour où Napoléon faillit être assassiné paru dans la collection "Une journée particulière" des éditions JC Lattés (1994), Jean Tulard cite les Souvenirs de Champagny, le ministre des affaires étrangères :
La terrible naïveté des réponses [de Staps], la froide et inébranlable résolution qu'elles annonçaient, et ce fanatisme si fort au-dessus de toutes les craintes humaines, firent sur Napoléon une impression que je jugeai d'autant plus profonde, qu'il montrait plus de sang-froid. Il fit retirer tout le monde et je restai seul avec lui. Après quelques mots sur un fanatisme aussi aveugle et aussi réfléchi, il me dit : "Il faut faire la paix."
Le lien entre l'attentat et la décision de hâter la conclusion des négociations de paix est donc évident. Ces négociations achoppaient sur le montant des contributions à payer par l'Autriche. Napoléon exigeait 100 millions, les négociateurs autrichiens déclarait ne pouvoir aller au-delà de 50 millions. Champagny raconte :
Monsieur de Champagny, me dit-il, il faut faire la paix; vous êtes en différend avec les plénipotentiaires autrichiens pour cinquante millions de contribution. Partagez le différend : je vous autorise à transiger à soixante-quinze millions, si vous ne pouvez avoir plus. Pour le reste, je m'en rapporte à vous; faites le mieux possible et que la paix soit signée dans vingt-quatre heures. Je le quittai; arrivé à Vienne, j'invite le prince Lichstenstein et le comte de Bubna à venir chez moi; nous nous réunissons vers six heures du soir. A deux heures de la nuit, tout été convenu; il n'y avait plus que des rédactions à faire. Le traité fut immédiatement rédigé et signé, et à six heures du matin, j'étais à Shoenbrunn. L'Empereur se hâta de me recevoir, il m'avait abordé avec un air d'inquiétude.
"Eh bien ! M. de Champagny, qu'avez-vous fait cette nuit ?
- La paix, sire.
- Quoi ! la paix ! et le traité est signé ?
- Oui, sire, le voilà."
Sa figure s'épanouit et il me témoigna très franchement sa satisfaction. "Mais voyons donc ce traité." Je lui en fis lecture. J'avais obtenu quatre-vingt-cinq millions, lorsqu'il m'avait autorisé à conclure à soixante-quinze. "Mais c'est admirable cela, me dit-il. Si Talleyrand avait été à votre place, il m'aurait bien donné mes soixante-quinze millions; mais il aurait mis les dix autres dans sa poche."
Chaque article que je lui lisais, obtenait son suffrage. "Cela est très bien, me disait-il souvent, vous avez eu de la prévoyance; voilà telle disposition à laquelle je n'avais pas songé : c'est fort bien, c'est un fort bon traité." Jamais peut-être il n'a tant loué, car ce n'était ordinairement que par son silence qu'il donnait son approbation.
Quelques heures après, il était parti.
Pour ce qui est du divorce, Jean Tulard écrit ceci :
L'attentat est du 12 octobre, la dissolution du mariage du 14 décembre. On le voit, c'est Joséphine que Staps a poignardée.
En note, il ajoute :
Les ouvrages sur le divorce négligent l'attentat de Staps. Pourtant ce dernier explique que s'il avait tué François Ier, celui-ci aurait été remplacé alors qu'il n'en ira pas de même pour Napoléon.
Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 24/05/2005 07:24

Dalmatie
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Message par Dalmatie » 12 juil. 2015 16:39

Voici maintenant une version de la paix de Vienne trés différente que celle que nous raconte Champagny. Si l'urgence à conclure la paix reste de mise, le Duc de Raguse, dans ses mémoires Livre XII - 1809 (page 274) nous fait une version un peu plus "exotique" de cet épisode.
Les négociations de la paix n?avançaient pas ; Napoléon, comptant sur l?ascendant qu?il exerçait sur les chefs de l?armée Autrichienne, imagina de demander à l?Empereur François de le mettre en rapport avec le Prince Jean Lichtenstein, en ce moment commandant de l?armée. L?Empereur François y consentit ; il chargea le Prince Jean d?aller écouter les propositions de Napoléon, et de les lui rapporter, sans lui donner aucun pouvoir pour signer. Le Prince Jean, d?ailleurs brave soldat, mais homme d?un esprit peu étendu, ne put résister aux cajoleries dont Napoléon savait faire un emploi si habile : il se laissa décider à signer des arrangements provisoires dont la valeur ne devait être réelle qu?après l?approbation de son souverain. Mais à peine était-il parti pour se rendre à Holitsch, où était l?Empereur François, Napoléon annonça la paix comme faite, et fit tirer cent coups de canon. L?opinion publique la réclamait, et il n?était plus au pouvoir de l?Empereur d?Autriche de s?y refuser ; de façon que cette paix fut, pour ainsi dire, escamotée et faite par surprise.

Amicalement

Dalmatie

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Dalmatie le 24/05/2005 10:54

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 16:39

La version de Champagny me paraît plus fiable dans la mesure où c'est lui qui a négocié, alors que Marmont ne semble pas y avoir participé.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 24/05/2005 12:16

jebulon

Message par jebulon » 12 juil. 2015 16:39

Mais Champagny a toutes les raisons d'essayer de se faire mousser...

Au fait, que dit Thiers de cet épisode ?

Posté sur le forum Pour l'Histoire par jebulon le 08/09/2005 23:41

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 16:39

Bernard-Blaise Posso a écrit :avec tout mon respect , vous manquez un peu de recul et de documentation en votre héros !
Ce reproche est un peu bizarre. Les longs passages cités à partir de l'article d'Edouard Gauchot représentent quand même une base documentaire assez solide et consistante pour pouvoir se faire une assez bonne idée du personnage de Frédéric Staps. Dès lors, considérer que l'on manque de documentation a de quoi surprendre.
En ce qui concerne le manque de recul, la critique me paraît également peu justifiée. Il ne faudrait pas tirer de conclusions hâtives du fait que j'ai adopté un jour le nom de Frédéric Staps comme pseudonyme. Je n'héroïse pas pour autant le personnage au point de ne plus tenter de voir quelle fut sa réalité historique. On ne peut en revanche pas en dire autant des admirateurs de Napoléon.
Pour eux, il est en effet clairement établi que l'intention de Frédéric Staps était d'assassiner leur héros, alors que Frédéric Staps lui-même n'a cessé de répéter que son intention était de poser la question à Napoléon de savoir s'il allait faire la paix et de seulement l'assassiner en cas de réponse négative.
Il n'est pas inutile non plus de rappeler que Frédéric Staps n'a jamais eu l'occasion de sortir son couteau de sa poche pour mettre son dessein à exécution. Se trouvant repéré par le général Rapp, il n'a même pas tenté d'en faire usage pour s'échapper. Il est donc loin d'être certain que ce jeune homme aurait trouvé la force de poignarder Napoléon si la possibilité s'était réellement présentée. Si l'on compare avec la froide détermination de Louvel, l'assassin du duc de Berry, dont le projet était mûri de longue date et n'était soumis à aucune condition, la manière d'agir de Staps paraît bien hésitante et vouée à l'échec à peu près dès le départ.
Faisant fi de ces considérations, les admirateurs de Napoléon considèrent comme Napoléon lui-même que l'intention de l'acte est aussi criminelle que l'acte lui-même. Le seul fait d'avoir projeté d'assassiner Napoléon fait de Staps un assassin et ils ne s'interrogeront pas pour savoir s'il était vraiment en mesure d'accomplir son "crime".

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 05/02/2006 12:02

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Message par Pour l'Histoire » 12 juil. 2015 16:39

Mon cher Staps,

J'ai lu attentivement l'interrogatoire de Staps que vous avez reproduit avec une tenacité admirable. Félicitations donc ! Je ne comprends pas, par contre sur quoi vous pouvez vous baser concrètement pour dire que cet égaré, fils de notable, pouvait peser sur la décision d'un homme comme l'Empereur pour faire la paix. Ce en quoi, je vous rejoins, c'est que ce jeune homme ne méritait certainement pas la mort. (Qui la mérite d'ailleurs ? enfin....)
Napoléon lui offrit deux fois la vie, en présence de Rapp, Champagny, Berthier qui en ont témoigné. je cite de mémoire :
- Mais enfin, regrettez-vous ?... Mais si je vous gracie, pouvez-vous me dire que vous regrettez ?...... Non.

Bernard

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Anonymous le 17/02/2006 11:48

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Message par Frédéric Staps » 12 juil. 2015 16:39

A la lecture de ce commentaire, il apparaît assez clairement que la force des préjugés l'emporte sur tout apport d'informations neuves. La légende napoléonienne n'a voulu retenir de l'épisode que la grâce généreusement accordée par Napoléon au cas où Staps exprimerait des regrets. Ce fait maintes fois répété occulte complètement d'autres réalités plus sombres.
Notamment personne ne veut voir que Schulmeister aurait obtenu de Staps qu'il exprime des regrets.
D. - Ne convenez-vous pas aujourd'hui que vous avez été induit en erreur sur les actions de S. M. l'Empereur; ne reconnaissez-vous pas la grandeur d'âme de ce monarque, et ne vous sentez-vous pas du repentir sur le plan funeste et irréfléchi que vous vous êtes permis ?
R. - Oui, je le sens et je m'en repens du plus profond de mon coeur, ne pouvant qu'admirer la grandeur du monarque, contre lequel j'avais conçu sans motif fondé, une haine aveugle et mal placée.

Malgré cette expression de ce "profond" repentir qui était la condition d'obtention de la grâce impériale, il n'est plus question de grâce. La promesse de Napoléon était-elle mensongère ? N'était-ce qu'une ruse pour faire avouer le "coupable" ?
Autre bizarrerie : Napoléon propose de grâcier Staps avant même qu'on ne lui fasse un procès, ce qui veut dire que la sentence était prononcée d'avance et qu'il ne s'agissait qu'une parodie de justice. Parodie d'autant plus cynique que Staps n'est pas jugé pour tentative d'assassinat sur la personne de Napoléon, mais pour espionnage. Par crainte que la publicité faite autour d'un procès pour tentative d'assassinat ne suscite des vocations d'assassin ? Ou parce que les actes commis n'étaient pas d'une gravité suffisante pour obtenir à coup sûr une condamnation à mort, Staps n'ayant jamais sorti son couteau de sa poche pour accomplir son forfait ?
A titre de comparaison, en 1684, un nommé Joseph Botat, valet de pied de l'ambassadeur de Venise, ayant accompagné son maître dans une antichambre de Versailles, dit subitement : "Qu'est-ce qui pourrait m'empêcher d'aller tuer le Roi ?" Contrairement à Staps, l'homme n'est pas condamné à mort, mais tout simplement embastillé. Il s'évade d'ailleurs quelques jours plus tard.

Autre poncif couramment répété à propos de Staps : il s'agit d'un "exalté". Le premier à l'avoir pensé est d'ailleurs Napoléon lui-même qui a fait venir Corvisart pour l'examiner. Mais Corvisart n'a pas trouvé de signes de folie chez Staps. Non obstant cet avis médical, l'exaltation de Staps est considérée comme un fait acquis. Il est vrai qu'il avait laissé pour expliquer son acte une lettre à ses parents qui contient un certain nombre de considérations religieuses. Mais l'invocation de motifs religieux pour expliquer ses actes est-elle nécessairement un signe d'exaltation ?

En ce qui concerne l'influence de Staps sur la conclusion de la paix, il faut distinguer les choses.
D'une part, les intentions de Staps. C'est lui qui expose son projet : poser la question à Napoléon de savoir s'il compte faire la paix et en cas de réponse négative, l'assassiner. Même si l'on peut comprendre qu'un tel projet ne plaise guère aux admirateurs de Napoléon, il paraît loin d'être stupide. En effet, par la suite, c'est bien l'élimination de Napoléon de la scène politique qui ramena la paix en Europe. Il est vrai qu'en 1809, date à laquelle Staps voulait assassiner Napoléon, l'Empire français était au sommet de sa puissance. La disparition brutale de l'Empereur des Français n'aurait donc probablement pas réglé tous les problèmes (notamment en Espagne). Il ne fait toutefois guère de doute que la campagne de Russie n'aurait jamais eu lieu.
Il y a aussi d'autre part les conséquences de l'attentat manqué.
La décision de faire la paix au plus vite est la conséquence directe de cet événement et de l'impression qu'il a fait sur Napoléon. Le témoignage de Champagny ne laisse aucun doute sur ce point. Staps ne pouvait évidemment pas prévoir que son geste et ses paroles auraient cette conséquence. Il apprendra avant d'être fusillé que la paix a été signée et pourra ainsi croire que sa mort n'avait pas été inutile. Il se trompait cependant. Cette paix bâclée n'eut pas de conséquences durables. Il était donc mort pour rien.
Il a cependant laissé une image forte : un frêle adolescent de 17 ans, à l'aspect efféminé, avait réussi par sa détermination à impressionner l'homme le plus puissant du monde.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Frédéric Staps le 17/02/2006 16:51

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