Frotté

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Drouet cyril
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Frotté

Message par Drouet cyril » 12 juil. 2015 12:06

Bonjour,

Il y a quelques temps j?avais écrit, sur le forum d?Albert, ce post au sujet de l?exécution de Frotté :

« A cent lieues de la prise de Charette par Travot, la fin de Frotté, épisode par ailleurs peu connu, marque du sceau du déshonneur la pacification de la Normandie sous le Consulat.

Voici les faits :
Au soir du 15 février 1800, Frotté, accompagné de six compagnons d?armes, muni de sauf-conduits en bonne et due forme, se présente, comme il avait été prévu lors de rencontres préliminaires, à Alençon, afin de négocier la paix.
Là, la discussion s?engage avec le général Guidal. Ce dernier, prétextant la nécessité d?en référer à son supérieur le général Chambarlhac, se retire. Il vient de finir de jouer son sinistre rôle.
Il est minuit. Des grenadiers, cachés dans l?hôtel, pénètrent alors dans la salle et s?emparent du général chouan. Raison invoquée ? Les sauf-conduits expiraient le jour même à minuit?(sans commentaire)

Désarmés et fouillés, les prisonniers sont transportés en pleine nuit et sous bonne escorte (1 800 hommes) vers Verneuil qui n?est atteint que le 18.
Laborde, aide de camp du général Lefebvre (le futur maréchal), commandant de la 14e division militaire, apporte alors un ordre stipulant de constituer sur-le-champ une commission militaire.
La séance dure à peine quatre heures. Verdict : la mort.

A 17 heures, Frotté et ses six compagnons sont fusillés.

Réaction officielle, deux jours après, à cette infamie :
« Je vous prie, citoyen ministre, d?écrire aux généraux Guidal et Chambarlhac une lettre de satisfaction sur la conduite qu?ils ont tenue dans la 14e division militaire.
Bonaparte »


Frédéric Staps m?a dernièrement posé les questions suivantes :
« Pourquoi Frotté plus qu'un autre ? Est-ce l'effet du hasard ou d'un plan mûrement réfléchi ? »

A la date de l?exécution, l?Ouest est quasiment pacifié.
Les Vendéens s?étaient soumis le 18 janvier à Montfaucon, suivis peu de temps plus tard par les principaux chefs chouans : Chatillon (Candé, le 20 janvier), La Prévalaye (le 29), Bourmont (Angers, le 4 février).

Restaient Cadoudal, Boisguy et Frotté. Trois hommes dont la mort pouvait servir d?exemples aux dernières têtes chaudes.
Le premier signa la paix au château de Beauregard, le 14 février et le deuxième à Rennes le 18. Frotté, de la même manière, était contraint de déposer les armes et c?est ce qu?il s?apprêtait à faire (ou tout du moins à en négocier les modalités) en cette funeste nuit du 15 au 16 février.

Pourquoi donc Frotté fut-il traité de pareille manière ?
Officiers différents, méthodes différentes?

Le général Lefebvre fera publier une lettre trouvée sur le chef normand dont voici un extrait :
« Nos perfides ennemis nous traiteront peut-être plus durement que les autres parce que nous sommes les derniers. N?importe. Il faut bien souscrire à tout, mais jamais au désarmement cependant. »
On prétexta alors la mauvaise foi évidente de Frotté.

En vérité, ce dernier est tombé dans un véritable guet-apens savamment établi. Avant même que les négociations s?engagent, tout était déjà décidé.
Les grands responsables sont bien évidemment Guidal et Chambarlhac.

Je ne vois pas ici la main du premier Consul. Lui-même écrivait, le 14 février, à Guidal, par la plume de Clark :
« Le général Chambarlhac fera également marcher [sa colonne], et vous vous serez bientôt défait de Frotté. Qu?il se rende à discrétion ! Il peut alors compter sur la générosité du gouvernement qui veut oublier le passé et rallier tous les Français, mais qui ne consentira jamais à être la dupe de quelques rebelles. »

Salutations respectueuses.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Drouet Cyril le 28/09/2003 14:40

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Drouet cyril
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Message par Drouet cyril » 12 juil. 2015 12:06

Bonsoir,

Lorsque Bonaparte fait envoyer ses félicitations aux deux généraux responsables de la prise de Frotté (20 février), je ne suis pas certain qu?il connaissait le déroulement précis de l?affaire.

Lefebvre, le 17 février, écrivait :
« Je vous annonce avec une vive satisfaction qu?il résulte des rapports que me transmet à l?instant le général Chambarlhac, qu?il est enfin parvenu à se rendre maître des chefs des rebelles, au nombre de sept?
Les sept chefs des rebelles ont été conduits, sous forte escorte, à Verneuil, et j?ai convoqué sur-le-champ une commission militaire pour, d?après la loi, procéder à leur jugement dans les vingt-quatre heures? »

Le premier Consul relayait dès le lendemain la nouvelle en ces termes :
A Hédouville « Ce misérable Frotté a préféré se faire prendre à rendre les armes. »
A Brune « Frotté a été pris avec tout son état-major ; je m?étais refusé à aucun traité. Dans ce moment actuel, il doit être fusillé. »

La mort de Frotté fut la victoire qui parachevait la pacification de l?Ouest, et je vois mal Bonaparte blâmer ceux qui en furent les architectes. Seul comptait le résultat. C?est lui qui fut mis en lumière ; les circonstances furent, elles, bien vite oubliées.

Salutations respectueuses.

Posté sur le forum Pour l'Histoire par Drouet Cyril le 28/09/2003 20:00

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