La destruction de la mendicité

Pour parler ici des habitudes de l'homme Napoléon, de ses préférences et de ses aversions, mais aussi de ses proches, des familiers, des contemporains, des militaires.
Pour aborder les habitudes, les grands évènements, le mode de vie...
Pour poser vos questions sur la période du Premier Empire.
Avatar du membre
Frédéric Staps
Réfractaire impénitent
Messages : 5021
Enregistré le : 26 avr. 2006 12:17

Message par Frédéric Staps » 30 janv. 2007 21:45

Joséphine a écrit :Napoléon a donc bien fait d'essayer. Il s'est juste trompé en prévoyant de mettre les gens en prison.
Napoléon aurait pu prendre connaissance des rapports du Comité mis en place par la Convention. L'a-t-il fait ? Je n'en sais rien. Mais dès son époque, des gens avaient déjà pris conscience de l'inefficacité profonde des mesures répressives contre la mendicité et le vagabondage. On ne peut donc prétendre que l'échec de cette politique répressive était imprévisible. Quant à affirmer que Napoléon aurait quand même bien fait de recourir à ces mesures brutales qui n'ont pour effet que d'amplifier les malheurs des pauvres mais qui rassurent ceux qui ont bâti leur fortune en grande partie sur l'exploitation de ces inégalités sociales, cela n'engage que vous. Cela ne va toutefois guère dans le sens de l'une de vos affirmations précédentes selon laquelle Napoléon aurait eu pour but le bien-être de l'ensemble des Français. La répression des émeutes de la faim à Caen le 2 mars 1812 au cours desquelles le préfet avait été "bousculé" par l'envoi d'un détachement de la garde impériale pour procéder à l'arrestation de quelques ouvriers et d'une femme qui sont jugés, condamnés et fusillés montre que le souci d'ordre passe dans l'esprit de Napoléon avant le soulagement de la misère.

Avatar du membre
Joséphine
Messages : 605
Enregistré le : 17 janv. 2007 20:33

Message par Joséphine » 31 janv. 2007 18:17

Mais où donc avez-vous vu que j'approuvais les mesures brutales dont vous parlez? Vous ne lisez pas bien. Ou vous comprenez ce que vous désirez comprendre. C'est malhonnête! Je n'ai jamais dit ça!

Avatar du membre
Frédéric Staps
Réfractaire impénitent
Messages : 5021
Enregistré le : 26 avr. 2006 12:17

Message par Frédéric Staps » 31 janv. 2007 21:52

"Napoléon a bien fait d'essayer" = approbation ou je ne comprends plus le français. :?

Avatar du membre
Joséphine
Messages : 605
Enregistré le : 17 janv. 2007 20:33

Message par Joséphine » 01 févr. 2007 17:06

Vous n'avez lu que le début de mon message, on peut faire dire n'importe quoi à n'importe qui, comme ça! Je dis ensuite qu'il s'est trompé. On peut essayer, cela ne signifie pas qu'on réussira. Mais c'est toujours mieux que l'indifférence pure et simple. Celui qui n'essaie pas se fiche du problème, cela ne l'intéresse pas et il ne s'en préoccupe pas. Ce ne fut pas le cas de Napoléon. Lui, au moins, il a essayé.
Je n'ai rien dit d'autre. Et je n'ai jamais dit qu'il n'avait fait que des choses admirables ou justes. Et là, il s'est trompé.

Avatar du membre
Frédéric Staps
Réfractaire impénitent
Messages : 5021
Enregistré le : 26 avr. 2006 12:17

Message par Frédéric Staps » 01 févr. 2007 18:34

Il est certain que les fusillés de Caen n'auront plus jamais souffert de la faim. Mais je ne suis pas convaincu qu'ils ont vraiment trouvé que cette attention que leur avait prêtée Napoléon était toujours mieux que l'indifférence pure et simple.

Quant aux mesures de répression à l'égard des mendiants et des vagabonds, elles ne sont inefficaces que si elles ont pour but de diminuer la misère. En revanche, elles satisfont les possédants que le spectacle de la misère et la mendicité importunent. Or c'était d'abord et avant tout sur le soutien des élites bourgeoises que Napoléon voulait appuyer son pouvoir (c'est d'ailleurs suite à la défection de ces élites qu'il a perdu sa couronne). Il ne s'est donc pas fondamentalement trompé d'objectif en prenant des mesures répressives puisque ce faisant, il envoyait un message clair à ces élites sur la manière dont il comptait régler les problèmes sociaux.
De la même façon, le livret ouvrier avait pour but de contrôler les classes laborieuses qui seraient bientôt perçues comme des classes dangereuses. En empêchant les ouvriers de changer de travail sans l'accord de leur patron, ce livret empêchait la loi de l'offre et de la demande de permettre une augmentation des salaires en cas de pénurie de main d'oeuvre (mais pas une diminution en cas de surabondance).

Avatar du membre
Joséphine
Messages : 605
Enregistré le : 17 janv. 2007 20:33

Message par Joséphine » 02 févr. 2007 18:51

Vous êtes en train de dire que Napoléon a fait exprès de prendre une mauvaise mesure? Que c'était un choix politique? Et qu'il a aussi fait en sorte de tenir les ouvriers dans une pauvreté dont ils ne pourraient sortir? Qu'est-ce que c'est que cette histoire? Justement, sous l'Empire, on pouvait monter dans l'échelle même si la naissance ne donnait pas ce privilège au départ! Il y a des maréchaux qui étaient fils d'ouvrier et que ce sont retrouvés dans la nouvelle noblesse. C'est bien la preuve que tous pouvaient s'en sortir, ça!

Avatar du membre
Frédéric Staps
Réfractaire impénitent
Messages : 5021
Enregistré le : 26 avr. 2006 12:17

Message par Frédéric Staps » 02 févr. 2007 23:24

Joséphine a écrit :Vous êtes en train de dire que Napoléon a fait exprès de prendre une mauvaise mesure? Que c'était un choix politique?
Au Brésil, il y a quelques années (et c'est peut-être encore le cas actuellement), il existait des "tueurs d'enfants" dont le rôle était d'assassiner les nombreux enfants abandonnés qui ne pouvaient survivre que grâce à la mendicité et à la petite délinquance. Ce genre de pratiques fait frémir d'horreur. Il s'agit sans conteste de pratiques criminelles et barbares. En même temps, il est difficile de contester que ces assassinats diminuaient effectivement le nombre de ces enfants miséreux.
En comparaison, les mesures prises par Napoléon apparaissent comme très humaines. Sans être aussi radicales, elles relèvent toutefois d'un état d'esprit un peu similaire. La "destruction de la mendicité" passe par l'élimination des mendiants (en les punissant et en les mettant en prisons d'un côté, en les éliminant physiquement de l'autre) et non par l'élimination des causes de la mendicité qui pourrait entraîner une remise en question fondamentale de l'organisation d'une société dont l'ordre repose sur les inégalités.
Joséphine a écrit :Et qu'il a aussi fait en sorte de tenir les ouvriers dans une pauvreté dont ils ne pourraient sortir? Qu'est-ce que c'est que cette histoire?
En 1791, Marat, "l'ami du peuple", s'était opposé à l'abolition des corporations en ces termes :
Une fois que chacun pourra s'établir pour son compte sans être assujetti à faire preuve de capacité, dès ce moment plus d'apprentissage suivi. A peine un apprenti saura-t-il croquer quelque ouvrage, qu'il cherchera à faire valoir son industrie, et ne songera plus qu'à s'établir et à valeter pour trouver des pratiques et des chalands. Comme il ne sera point question de faire d'excellents ouvrages pour établir sa réputation et sa fortune, mais de séduire par l'apparence, les ouvrages seront tous courus et fouettés.
Il s'inquiétait également qu' "après avoir dupé les acheteurs et profitant des possiblités qu'offrent les grandes villes, l'ouvrier ira de quartier en quartier, provoquant le dépérissement des arts, anéantissant la bonne foi et menant cette vie vagabonde et intrigante, génératrice d'indigence et de misère publique".
Le livret ouvrier est le remède que Napoléon a cru devoir apporter à ce problème.
Joséphine a écrit :Justement, sous l'Empire, on pouvait monter dans l'échelle même si la naissance ne donnait pas ce privilège au départ! Il y a des maréchaux qui étaient fils d'ouvrier et que ce sont retrouvés dans la nouvelle noblesse. C'est bien la preuve que tous pouvaient s'en sortir, ça!
C'est à l'époque de la Révolution que tous les maréchaux ont réussi à monter dans l'échelle sociale. A l'exception du prince Poniatowski (mais sa nomination comme maréchal n'est pas le signe évident d'une promotion sociale manifeste de ce neveu d'un roi de Pologne), ils étaient déjà tous officiers supérieurs au début du Consulat. Sous l'Empire, les nouveaux officiers promus proviennent pour une part importante de la noblesse d'Ancien Régime, une manière pour Napoléon d'obtenir des ralliements pour isoler davantage les Bourbons.

Avatar du membre
CC
Messages : 6288
Enregistré le : 18 avr. 2006 22:47
Localisation : Anderlecht, Bruxelles
Contact :

Message par CC » 16 févr. 2007 16:45

Relevé tout particulièrement pour montrer que Napoléon se penche sur les difficultés des plus humbles:

En 1802 :
" … Si le froid revenait, comme en 89, faire allumer du feu dans les églises et autres grands établissements pour chauffer beaucoup de monde…"

En 1803 :
« L 'hiver sera rigoureux, citoyen ministre, la viande très chère. Il faut faire travailler à Paris ;
Faire continuer les travaux du canal de l'Ourcq;
Faire des travaux aux quais Desaix, d'Orsay;
Faire paver les nouvelles rues, etc.. etc. »

En 1807 :
"Les choses devraient être établies de façon qu'on pût dire; Tout mendiant sera arrêté. Mais l'arrêter pour le mettre en prison serait barbare ou absurde. Il ne faut l'arrêter que pour lui apprendre à gagner sa vie par un travail. Il faut donc une ou plusieurs maisons ou ateliers de charité par département…

En 1810:
"On m'assure que les ouvriers de Rotterdam et d'Amsterdam n'ont point de travail. Faites-moi connaître quelle espèce d'ouvriers c'est, et quels travaux on pourrait leur donner. »

En 1811:
« Il y a beaucoup de chapeliers, de bonnetiers, de cordonniers, de tailleurs, de selliers qui sont sans ouvrage. Je désirerais que vous prissiez des mesures pour faire faire 500 paires de chaussures par jour…, etc., etc. »

Quelques jours plus tard, c'est au ministre de la guerre qu'il dit:
«Beaucoup d'ouvriers n'ont pas d'ouvrage à Paris. Comme je désire leur en donner, je vous prie de faire une commande extraordinaire de harnais d'artillerie…, etc. »

En même temps, il écrit au grand maréchal du palais:
"Le faubourg Saint-Antoine manque d'ouvrage; je désire lui en donner, surtout ce mois-ci qui précède les fêtes… Que l'on fasse une commande telle que, pendant les mois de mai et de juin, 2000 ouvriers du faubourg Saint-Antoine qui font des chaises, des meubles, des commodes, des fauteuils, et qui sont sans ouvrage, en aient sur-le-champ… Que vos idées soient arrêtées demain et qu'on commence sans délai. »


Napoléon intime - Arthur-Lévy - p 324, 325. - Les secours aux ouvriers.

Je relève particulièrement: Tout mendiant sera arrêté. Mais l'arrêter pour le mettre en prison serait barbare ou absurde.

:fleur:

Avatar du membre
Frédéric Staps
Réfractaire impénitent
Messages : 5021
Enregistré le : 26 avr. 2006 12:17

Message par Frédéric Staps » 16 févr. 2007 17:38

CC a écrit :Je relève particulièrement: Tout mendiant sera arrêté. Mais l'arrêter pour le mettre en prison serait barbare ou absurde.
C'est la phrase que j'avais déjà citée. Quelques années plus tard, le nouveau Code pénal décide néanmoins de mettre les mendiants en prison, malgré la barbarie ou l'absurdité de la mesure. Confronté à la réalité, Napoléon n'a en fait pas trouvé d'autre solution qui puisse satisfaire des désirs contradictoires. Entre l'attention accordée à la misère des plus humbles et les impératifs d'ordre social que la bourgeoisie attendait de lui, il a opté pour la solution répressive.

Avatar du membre
Joséphine
Messages : 605
Enregistré le : 17 janv. 2007 20:33

Message par Joséphine » 17 févr. 2007 12:24

Bonaparte était plus humain que Napoléon.

Répondre