J'ai été quelques saisons sans t'écrire, Mon cher Louis, me doutant que cela eut été inutile et que (?) tu es connu ici, les courriers pouvaient manquer; nous en avons passé (.....?) sans nouvelles quelconques que celles que certaines gens se plaisaient à forger et qui étaient autant de mensonges. Depuis la libre circulation des courriers, je t'ai écrit une fois et suis étonnée que tu n'aies pas reçu ma lettre que j'avais affranchie comme à l'ordinaire. Je vois, Mon ami, que tu as été longtemps dans de rudes souffrances, que nous avons bien partagées ici ayant connaissance de toute la menace que l'on faisait aux royalistes et de l'époque où l'on comptait le sacrifice (...?) ce qui a été un peu difficile, car s'ils ne sont pas agresseurs, ils savent au moins se défendre, et y étaient bien décidés. Nous voilà plus tranquilles puisque notre bon roi nous est rendu, et si nos (...?) se prolongent, c'est à la résistance de ses sujets rebelles que nous le devons. Je ne sais quelles peuvent être leurs espérances, mais ils cherchent partout et toujours à alarmer et à persuader que dans trois mois, la chose tournerait à leur avantage et qu'ils feront payer cher le moment de joie que le retour du roi vient de nous donner. Mais quelle joie grand Dieu; elle a été tellement comprimée ici, que ce n'était que dans l'intérieur de nos maisons qu'il nous était permis de l'exprimer. Hier, enfin, le sous-préfet a affiché l'ordre de ne pas troubler la joie publique, sous peine d'encourir des punitions autorisées par les lois; depuis nous sommes tranquilles. Les ennemis du repos public se taisent, ne menacent plus mais n'abandonnent pas leurs méchants projets, qui seront, j'espère, déjoués (... ...?) d'auteur. Il n'est pas possible que le ciel abandonne la cause du meilleur des rois et de ses fidèles sujets dont le nombre est sûrement le plus grand, quoique le moins audacieux? malheureusement le bon parti, n'est pas le plus riche; sans cela le roi aurait déjà une armée qui l'aurait servi sans autre intérêt que de le maintenir sur son trône et de nous apporter, la paix, le repos et le bonheur dont nous avons tant le besoin. je t'écris toujours à Bourbonne sans savoir si tu comptes y rester longtemps. Je suis inquiète de ton sort à venir, et voudrais savoir la marche que tu prendras pour faire parvenir au roi la connaissance de tes sentiments et de ta conduite. ce n'est peut-être pas le moment, cependant il faut y penser d'avance et le ménager des connaissances utiles: mon frère Louis est colonel à la Vendée et a ordre du roi de rester à son corps qui va avoir garnison à Nantes. Kermel (?) est à paris, qui n'est pas encore replacé. Ses quatre fils aînés sont à la Vendée. François a été blessé grièvement de 3 balles dans le ventre qui lui ont endommagé les côtes. Il est cependant hors de danger, mais sera longtemps à se rétablir entièrement. Tes deux frères étaient instruits et déjà partis pour Quimper pour la défense du roi lors de l'entrée de Bonaparte. les circonstances les ont ramenés ici, où ils n'attendaient que ses ordres pour partir. Si le roi a besoin d'eux, ils sont tout prêts à le servir; leur médiocre fortune ne leur permet pas d'aller à paris le solliciter, et manger un argent absolument nécessaire à l'existence de leur famille, mais on les trouvera toujours à embrasser le meilleur du (....?) Je crois que (...?) va aller à la campagne. (...?) reste ici; les couches de sa femme auront lieu je pense au temps des vacances, au mois de (...?). Tes petites soeurs, tes frères, leurs femmes et toute la famille t'embrassent. Écris-moi donc tes projets et date tes lettres. On attend ici la chanson que tu m'annonces avec impatience surtout si l'air est connu. Quand tu l'enverras, taille ta plume fin pour que je n'y perde rien. J'ai été comme beaucoup d'autres, un peu incommodée par la chaleur subite et surtout de tout ce bouleversement mais si bien soignée par mes enfants, que je ne m'en ressens presque plus. Si mes affaires étaient en meilleur état, j'aurais l'esprit plus calme. Il s'en faut que j'aie encore satisfaction à (...?) j'aurais encore milles choses à te dire mais (...) de la poste et la fin de mon papier. Je termine (...) ma lettre en toutes amitiés que je voudrais que tu y (...) au surplus tu connais le coeur de ta pauvre mère qui ne vieillit pas seulement de ce côté. Frédéric et Georges étaient dans les troupes royalistes à Quentin. Ils sont partis pour Paris. |